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![]() Le Prisonnier, un hymne à l’humain et à la liberté![]() Par Mathieu Robart Il va de soi que pour les amateurs de la série tous les épisodes sont dignes d’intérêt.
Loin de s’exclure, ces différents aspects sont au contraire complémentaires. Car Le Prisonnier est une oeuvre ambitieuse.
La vision esthétique
Issu de l’évolution du personnage de John Drake (héros de la série Destination Danger, interprétée par Patrick McGoohan avant Le Prisonnier), l’espion retenu en détention au Village est un anti James Bond. S’il en a les qualités professionnelles (condition physique irréprochable, intelligence, intuition, initiative, persévérance, courage, etc.), il n’en a pas les défauts stéréotypés (attirance incontrôlable pour les femmes, alcoolisme, passion du jeu, ...).
Ce nom ne sera d’ailleurs révélé que dans le dernier épisode, afin que le caractère mystérieux et surtout emblématique du lieu reste entier jusqu’au bout. la beauté du Village et de ses alentours se veut (faussement) rassurante. Il est impossible de s’y perdre (et d’en sortir !). l’anonymat du lieu et de ses habitants se veut au contraire (volontairement) déroutant. Il est impossible de s’y sentir chez soi ("Où suis-je ? - Au Village"). Cette "inquiétante étrangeté" (l’expression est de Sigmund Freud) est encore plus perceptible à travers le choix des tenues vestimentaires des Villageois (canotier, ombrelles colorées, vestons à liserés, pulls marins). Tous semblent être en villégiature ou en cure de repos ! La vision psychologique
Le Prisonnier a peu de défauts, mais il a des faiblesses qui le rendent vulnérable, et pour tout dire plus humain que l’agent 007.
Voici donc un homme qui, enfermé dans sa triste condition humaine, ne parvient pas, malgré tous ses efforts, à en sortir ; bref, un homme comme les autres. On est loin de James Bond ! L’autre aspect essentiel de la série est l’interrogation existentielle. "Qui suis-je ?" s’interroge en fait le Prisonnier tout au long de ces dix-sept épisodes. Le générique d’introduction le rappelle à chaque fois : "Who is Number One ?" est une question ambiguë. "Qui dirige le Village ?" demande-t-il mais aussi "Qui décide pour moi ?"
La vision politique
La lutte quotidienne que mène le N°6 contre le Village est d’une telle opiniâtreté qu’il faut y voir aussi la transposition artistique des opinions politiques de Patrick McGoohan. Que ce soit pour dénoncer les simulacres d’élections "libres et démocratiques" en URSS, mais aussi dans les dictatures espagnoles et portugaises, sans oublier la propagande nazie dans l’Allemagne hitlérienne ou les manipulations plus sophistiquées de l’opinion en Angleterre, France, Amérique... peu de régimes trouvent grâce aux yeux de P. McGoohan (Free for all) ;
Pour une étude plus exhaustive du contexte politique de l’Angleterre des années 1960 et la dimension visionnaire de la série, je vous propose l’introduction de l’excellent essai de Chris Gregory, intitulé : LE PRISONNIER ET L’ANGLETERRE MODERNE"Nous avons notre propre Conseil Municipal. Démocratiquement élu, bien sûr."
Le Prisonnier est souvent considéré comme une oeuvre caractéristique des années 60. De par ses origines, son aspect visuel et son classement dans les séries d’espionnage, il y a un grand nombre de repères qui l’identifient comme un produit de son époque. Pour beaucoup de gens vaguement informés sur la série, son esthétique et ses idées semblent faire partie de l’industrie de la nostalgie "sixties" prédigérée, sorte d’équivalent peut-être moins populaire mais aussi amusant que Chapeau melon et Bottes de cuir. Pourtant, ceux d’entre nous qui sommes plus familiarisés avec le chef d’oeuvre subversif de McGoohan sont plus enclins à y voir un ouvrage prophétique, pointant le doigt décadent vers une société dans laquelle le contrôle social est mené en douceur et généralement en silence, où l’art de la protestation a été tellement émoussé qu’il est difficile de même trouver le vocabulaire approprié pour l’exprimer. Un monde où une démocratie d’apparence molle et débonnaire cache en fin de compte un totalitarisme sournois. Comme Le meilleur des mondes et 1984 avant lui, Le Prisonnier est un cri d’alarme contre les tendances identifiables de notre époque qui pourraient se réaliser si on n’y veillait pas.
Le monde de Huxley, où triomphait le génie génétique et l’eugénisme humain fut concrétisé dans des proportions effroyables quelques années plus tard par les nazis. Le monde politiquement décérébré et sous contrôle d’Orwell trouva son écho dans la Russie de Staline et la Chine de Mao. Ainsi, Le Prisonnier, informé de l’existence de nouvelles technologies (alors émergentes dans les années 60) prophétisa un monde où les individus seraient en apparence choyés et "protégés" ; en fait, on leur aurait lavé le cerveau jusqu’à ce qu’il capitulent en douceur sous l’effet de drogues et d’une subtile propagande. La vision philosophique :
C’est encore l’humain et sa liberté de jugement qui sont au coeur d’épisodes comme The schizoid man où, confronté à un sosie, le Prisonnier est en fait obligé d’assumer les conséquences de quelqu’un qu’il n’est pas. La métaphore est transparente : la liberté s’acquiert au prix de la responsabilité individuelle (y compris d’actes que l’on n’est pas fier de revendiquer !). Mais si la série est un hymne à la liberté et à l’humain, cet hymne est cynique et désenchanté : "il ne faut pas se faire d’illusions", semble nous dire P. McGoohan, "personne n’est entièrement libre de penser et d’agir à sa guise, même s’il en a l’impression. Nous sommes tous des Prisonnier(s)" !
Le conditionnement que nous subissons n’est pas forcément prémédité (comme au Village) mais il est une réalité constitutive de notre personnalité. Qui peut en effet prétendre n’avoir jamais obéi sans réfléchir à aucune règle, à aucune mode, à aucune habitude ou à aucune tradition ? Personne évidemment ! Tel est le paradoxe de l’homme : "Nous sommes tous des pions" (We’re all pawns), est-il dit dans Checkmate, mais être des pions fait aussi de nous ce que nous sommes ! La "condition" humaine est aussi un "conditionnement" ; elle est un savant dosage d’habitudes (choisies et/ou imposées) et d’initiatives(voulues et/ou suggérées). Telle est la leçon du dernier épisode Fall Out : "commençons par balayer devant notre porte et acceptons-nous les uns les autres telles que nous sommes". Le Prisonnier est une oeuvre tolérante et humaniste. (c) Mathieu Robart
Images et symboles du Village Fédéral en référence au Prisonnier :LE VILLAGE FEDERAL : nom de l’association, évoque le village du Prisonnier, Portmeirion au Pays de Galles. LE GRAND BI : dans la série emblème du village. Elément du logo de l’association. Symbolise notre solidarité. BONJOUR CHEZ VOUS( be seeing you) : comme dans la série, phrase rituelle de salut. LA PLACE MAC GOOHAN : nom donné à une des rubriques "sans frontières" du site, en hommage à l’acteur et créateur de la série. LE CANOTIER : très prisé dans la série, il est pour nous symbole d’unité et d’humanité.
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