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![]() Sarkozy en Afrique : déconstruction![]() Source : Blog Paul Moreira / 26.08.2007 Je reviens d’un voyage en Afrique. Passons sur le ton qui navigue entre lyrisme éméché -ô combien l’art et la musique doivent à l’Afrique (il oublie le foot et le basket)-, les considérations de conférence de salle Pleyel (trois fois le mot mystérieux pour qualifier le continent venu de la nuit des temps...) et le paternalisme condescendant (Guaino a l’age d’avoir découvert l’Afrique dans Tintin au Congo). A la lecture attentive du discours, le plus frappant c’est la morgue et l’ignorance historique, étalée avec des mots définitifs. « La colonisation n’est pas responsable de toutes les difficultés actuelles de l’Afrique. Elle n’est pas responsable des guerres sanglantes que se font les Africains entre eux. Elle n’est pas responsable des génocides. Elle n’est pas responsable des dictateurs. Elle n’est pas responsable du fanatisme. Elle n’est pas responsable de la corruption, de la prévarication. Elle n’est pas responsable des gaspillages et de la pollution. » Mr Guaino semble oublier combien de dictateurs sanglants et corrompus nous, l’occident, avons installé, protégés, choyés. « Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. Le paysan africain, qui depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. Commencer une phrase par jamais ou toujours, c’est payant à une tribune. Mais c’est dangereux. Donc, pour Mr Guaino, l’Africain est un brave homme assis devant sa case à attendre que la mangue tombe de l’arbre. Le congolais Patrice Lumumba, assassiné avec le soutien actif de la CIA. Le bissau-guinéen Amilcar Cabral, assassiné par les portugais. Le sud africain Nelson Mandela qualifié de terroriste par Mme Thatcher, le premier ministre anglais. Et ce au moment même où elle recevait le fasciste islamiste afghan Gulbudyn Hekmatyar avec tous les honneurs dus à ce « combattant de la liberté » (Hekmatyar était connu à l’université de Kaboul pour vitrioler les filles sans voile). Je pourrais continuer d’aligner des faits, les uns derrière les autres (c’est étrange comme les faits font tâche dans les discours idéologiques). Le discours de Guaino semble vaguement calqué sur le pamphlet de l’intellectuel néo-sarkozyste Pascal Bruckner, « le fardeau de l’homme blanc ». Ce livre visait à déculpabiliser l’occident de ses crimes en Afrique, notamment. On pourrait recommander à Mr Guaino la lecture d’un véritable spécialiste de l’Afrique, Basil Davidson. Cet ancien officier de l’armée britannique s’est passionné pour le continent noir. Il a écrit des dizaines d’ouvrages. Il procède avec cet empirisme, ce souci méticuleux des faits qui est la force des anthropologues et des intellectuels anglo-saxons. Il explique très bien comment le colonialisme a brisé ce qui aurait pu être une forme originale d’état africain, celle des Asante au Ghana. Le fardeau de l’homme noir, pour lui, sont les Etats Nations tels qu’ils existent aujourd’hui. Générateurs de corruption et marqués par le lien colonial. « Le problème de l’Afrique et permettez à un ami de l’Afrique de le dire, il est là. Le défi de l’Afrique, c’est d’entrer davantage dans l’histoire. C’est de puiser en elle l’énergie, la force, l’envie, la volonté d’écouter et d’épouser sa propre histoire. » Comment ne pas partager au moins cette vision de notre président. Mais avant de donner des conseils ou des leçons à l’Afrique, essayons de faire notre part. Des petites choses simples qui devraient relever du bon sens pragmatique comme l’aime notre président. Mr Guaino, conseillez donc au président Sarkozy de suivre le dossier.
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