Il y a 131 ans, à l’aube du 28 mai1871, 147 communards, derniers
survivants des combats qui s’étaient déroulés au cimetière du Père
Lachaise, furent fusillés, sans jugement contre un mur du cimetière qui
prendra, en leur mémoire, le nom de "Mur des Fédérés". Cette tuerie,
n’est pas comme une bavure perpétrée dans le feu de l’action, mais un
assassinat prémédité, et minutieusement organisé. Par ailleurs 20 000
communards ont été massacrés pendant la semaine sanglante, il y aura eu
38 000 arrestations et 400 déporatations vers les bagnes. La classe
ouvrière parisienne est décimée ( Il manquera 12 000 ouvriers de la
chaussure, 6 000 de l’ameublement, 5 000 du vêtement, 3 000 plombiers,
1 500 bronziers), Paris vivra en état de siège jusqu’en 1876.. La
bourgeoisie va pouvoir oeuvrer à ses affaires tranquillement.
Après l’échec de la révolution de juin 1848 et l’installation de
l’Empire autoritaire, la condition ouvrière s’était déjà détériorée. A
la veille de la guerre de 1870, l’AIT (première interrnationale)
comptait plus de 10 000 membres actifs en France à Paris, Marseille,
Lyon et Rouen. Les grèves se multiplient chez les bronziers, les
ouvriers du bâtiment et les mineurs. En 1869, l’AIT publie le Programme
de Belleville : suffrage universel intégral, liberté totale de réunion,
de presse et d’association, instruction primaire obligatoire, gratuite
et laïque, séparation de l’Eglise et de l’Etat, suppression de l’armée
de métier. Pour rétablir l’ordre impérial et bourgeois, la France prend
prétexte de la succession du trône d’Espagne pour déclarer la guerre à
la Prusse, le 19 juillet 1870. Mais le 19 septembre, l’armée Prussienne
met le siège devant Paris. Gambetta s’échappe en ballon et organise la
résistance à partir de Tours. Le froid et la faim exaspèrent les
rancoeurs envers l’occupant, les bonapartistes et les libéraux.
Le 7 octobre, les parisiens manifestent aux cris de " Vive la Commune ". Le
31 octobre, la chute du fort du Bourget entraîne une insurrection
populaire. Le 22 janvier 1871, le général Vinoy, commandant de la place
de Paris, réprime une nouvelle émeute : bilan 30 morts. Le 28 janvier,
le gouvernement signe l’armistice avec Bismarck. Le 8 février, des
élections législatives ont lieu, sous la botte prussienne. Les droites,
dirigées par Adolphe Thiers, l’emportent, alors que Paris élit Gambetta,
Victor Hugo et Garibaldi. La nouvelle assemblée réunie à Bordeaux, cède
l’Alsace et la Lorraine, laisse les Prussiens défiler dans Paris,
s’installe à Versailles, la ville des Rois. Mais Thiers va prendre
d’autres mesures impopulaires. Il déclare la fin du moratoire sur le
paiement des loyers et supprime la solde de 30 sous des gardes
nationaux.
Dans la foulée, le 18 mars, les Versaillais tentent de voler les canons
de la garde nationale, entreposés à Montmartre. La foule s’y oppose et
fusille les deux généraux qui menaient ce rapt. Le Comité central de la
garde nationale s’installe alors à l’Hôtel de Ville, siège du pouvoir
parisien. Dans son appel du 22 mars 1871 aux électeurs, il précise sa
conception de la démocratie " Les membres de l’Assemblée, sans cesse
contrôlés, surveillés, discutés par l’opinion, sont révocables,
comptables et responsables. Quand nous pourrons avoir les yeux partout
où se traitent nos affaires, partout où se préparent nos destinées,
alors, mais alors seulement, on ne pourra plus étrangler la République .
Les élections du Conseil général de la Commune se déroulent le 26 mars
: 230 000 électeurs sur 485 000 y participent. Sur 65 conseillers, 25
sont des ouvriers (Varlin, Camelinat, Franel.) Il y a des Républicains
comme Jules Ferry, des Radicaux comme Delescluze, mort au combat, des
Blanquistes comme Ferré, des Socialistes, des Proudhonniens et des
Bakouniniens de l’AIT. Fin mars 1871, La Commune se proclame
gouvernement de la France, et prend contact avec la province.
Mais les
Communards ne sont guère plus de 60 000, contre 130 000 Versaillais qui
ont remplacé les Prussiens aux portes de Paris. Le 2 avril, les combats
commencent à Courbevoie et dix jours plus tard, la Commune reprend
Neuilly. Mais le 30, les Versaillais prennent le fort d’Issy, puis
celui de Vanves. A cause d’une trahison, ils entrent dans Paris par la
porte de Saint-Cloud le 21 mai 1871. Va alors débuter la semaine
sanglante où Paris se couvre de plus de 500 barricades. Les derniers
combats auront lieu dans le cimetière du Père Lachaise, puis à
Belleville....
Si nous sommes là aujourd’hui, c’est pour nous re-mémorer cet épisode
majeur, et censuré, de l’histoire où tant de combatant-e-s périrent pour
avoir osé l’émancipation. Nous subissons à d’autres niveaux encore
aujourd’hui les conséquences de cette tragique et sanglante défaite.
" Le cadavre est à terre, mais l’idée est debout ". Avait écrit Victor
Hugo.
La commune de Paris reste encore très actuelle car plus que jamais dans
cette époque troublée, le combat contre le capitalisme, l’étatisme, le
militarisme, la misère, l’exploitation, la manipulation des
consciences, continue.
– inspiré librement d’un texte, (probablement lu devant le Mur des Fédérés), de Cerise et paru dans le mensuel Alternative
Libertaire Belgique)
Le Mur des Fédérés au Père Lachaise (Paris) symbolise la lutte pour la liberté et des idéaux. Là, le 28 mai 1871, cent quarante-sept fédérés, combattants de la Commune furent fusillés et jetés dans une fosse ouverte au pied du mur.
Le cimetière du Père-Lachaise fut établi en mai 1804 dans un domaine qui avait longtemps appartenu aux Jésuites et où le Père Lachaise, confesseur de Louis XIV, avait résidé à la fin de sa vie. Ce fut au XIXe siècle le cimetière de l’aristocratie et l’on y transféra aussi les restes de personnages célèbres des époques antérieures.
C’est là qu’au cours de la Commune, au printemps 1871, se retranchèrent les derniers combattants. Les Versaillais, maîtres du lieu vers la fin de l’après-midi du 28 mai, y fusillèrent tous les prisonniers contre un mur appelé depuis lors Mur des Fédérés.
Le massacre des communards allait alors prendre fin mais la répression continua. Le bilan, comprenant les victimes de la guerre civile et de la répression qui suivit, s’établit entre 20 000 et 30 000 morts. Sont dénombrés :
* la prononciation d’une centaine d’exécution de communards dont 23 effectives ;
* 410 peines de travaux forcés ;
* 4 600 emprisonnements ;
* 322 bannissements ;
* 4 586 déportations au bagne de Kanaki en Nouvelle-Calédonie, non loin de Nouméa et environ 3 000 déportations au bagne d’Algérie. (ainsi qu’à l’Île Madame) ;
* 56 placements en maison de correction pour les « gavroches ».
Le drame, amplifié encore par l’hystérie haineuse des médias, se lit dans ces chiffres. Mais la Commune et l’action des Communards restèrent gravées dans les mémoires, au cœur même du Mouvement ouvrier qui ne mit que quelques années à renaître.
Le 23 mai 1880, deux mois avant l’amnistie des Communards, se déroulait à l’appel de Jules Guesde le premier défilé devant le Mur : 25 000 personnes, une immortelle rose rouge à la boutonnière, bravèrent ainsi les forces de police. Et dès lors, cette « montée au Mur » ponctua l’histoire ouvrière, puisque chaque année, depuis 1880, les organisations de Gauche organisent une manifestation en ce lieu symbolique, la dernière semaine de mai. Jean Jaurès, bien qu’étranger à la mémoire communeuse, y alla à plusieurs reprises, accompagné par Édouard Vaillant, par Jean Allemane et par des milliers de militants socialistes, syndicalistes ou anarchistes.
La manifestation record s’y déroula le 24 mai 1936 : 600 000 personnes, Léon Blum et Maurice Thorez en tête, au beau milieu du mouvement gréviste, y manifestèrent quelques semaines seulement après la victoire du Front populaire. Autre date, autre temps fort, en ce lieu chanté par Jules Jouy : « Tombe sans croix et sans chapelle, sans lys d’or, sans vitraux, d’azur, quand le peuple en parle, il l’appelle Le Mur ».
CHRONOLOGIE
Louise michel
26 février : Signature des préliminaires de paix avec la Prusse.
1er mars : Symboliquement, les troupes prussiennes entrent dans Paris et défilent sur les Champs-Elysées.
3 mars : Constitution du Comité central de la Garde nationale.
10 mars : Pacte de Bordeaux, entre les différentes parties du gouvernement, suspendant toute décision sur la nature du régime.
L’Assemblée nationale ajourne la session en cours et décide de se retrouver le 20 mars à Versailles (elle a hésité entre Fontainebleau et Versailles ; elle ne veut pas Paris à cause des mouvements révolutionnaires).
17 mars : Arrestation du socialiste révolutionnaire Louis Auguste Blanqui.
18 mars : Commune de Paris (ventôse-prairial an 79) : tentative de révolution prolétarienne.
Échec de la tentative des troupes gouvernementales de s’emparer des canons de Montmartre.
Desmoulin
20 mars : Le gouvernement et l’Assemblée Nationale s’installent à Versailles.
23 mars : Les vingt maires de Paris se rendent à l’Assemblée nationale pour tenter une conciliation. Arborant une écharpe tricolore dans une assemblée majoritairement royaliste ils sont acclamés par la minorité républicaine mais rejetés hors de l’assemblée sans avoir pu prononcer un mot.
26 mars : Élections de la commune de Paris.
28 mars : Proclamation de la commune de Paris à l’hôtel de ville.
29 mars : Ralliement d’un officier de l’armée française à la Commune, Louis Rossel.
14 avril : Nomination de Louis Rossel au poste de Président de la Cour Martiale.
30 avril : Nomination de Louis-Nathaniel Rossel au poste de Ministre délégué à la guerre en remplacement de Cluseret.
Delescluze
10 mai :
Par le Traité de Francfort : la France perd l’Alsace et une partie de la Lorraine, cette perte est vécue par la France comme un profond traumatisme. De plus la France doit verser cinq milliards d’indemnités (4,9 sont récoltés par une souscription nationale ouverte le 27 juin).
Suite à ce traité, environ 160 000 Alsaciens et Lorrains, refusant de devenir Allemands quittent les provinces perdues et s’installent sur le territoire français.
14 mai :
Création du Territoire de Belfort à partir de l’ancien arrondissement du Haut-Rhin non annexé par l’Empire allemand.
16 mai : Les Communards mettent à bas la statue de Napoléon place Vendôme.
18 mai : L’Assemblée Nationale, réunie à Versailles, ratifie le traité de Francfort.
du 21 au 28 mai : « Semaine sanglante », qui verra Paris, aux mains Communards, repris par les troupes versaillaises.
21 mai+ Entrée des troupes Versaillaises dans Paris.
26 mai Exécution de Jean-Baptiste Millière, fusillé à genoux sur les marches du Panthéon
27 mai : Chute du dernier bastion communard.
28 mai : Exécution des défenseurs de la commune de Paris devant le mur des Fédérés.
28 novembre : Exécution de Louis-Nathaniel Rossel, ancien Délégué à la guerre de celle-ci.