J’ai pris pas mal de retard sur le sujet, il est temps de faire une petite revue des nouvelles du vote électronique (un grand merci au passage à vous qui m’envoyez des infos). Dans ce qui suit, j’utilise indifféremment les expressions « machines à voter » et « ordinateurs de vote » qui recouvrent le même concept (mais vous verrez à la fin pourquoi les vendeurs préfèrent le terme machine à celui d’ordinateur).
Pierre Vandeginste met le doigt sur un bug dans la démocratie US après qu’il a été démontré qu’on peut truquer une élection ou bricoler la démocratie, un développeur de logiciel témoigne devant le congrès américain qu’un élu républicain lui a demandé d’écrire un logiciel pour truquer les résultats en Floride. On vous avait prévenu... et il existe même un guide PDF gratuit
expliquant comment truquer une élection. Epicentre d’un nombre alarmant de problèmes électoraux, la Floride vient d’annoncer qu’elle abandonne ses machines à écran tactile pour revenir au scanner optique de bulletin papier (et 32 millions de dollars pour changer, sans compter ce que leur ont coûté les machines qu’ils jettent).
Encore mieux, le principal organisme certificateur de machines à voter US est... décertifié
!
Diebold est dans la tourmente : après avoir tenté de stopper la diffusion du documentaire Hacking Democracy précité, tout en se trompant de film, sa réputation de sécurité (ils fabriquent des coffres-forts et des distributeurs de billets) en prend un grand coup : « D’abord, entrez sur un marché que vous ne comprenez pas, vendez à des clients qui n’y comprennent pas grand chose non plus. Ensuite livrez un produit sans le tester correctement. N’embauchez pas assez de gens compétents. Quand les gens commencent à détecter des problèmes, niez, cachez et ignorez tout. Enfin, blâmez vos critiques quand tout vous revient dans la figure. » voilà ce qu’écrit le vénérable magazine Fortune (ils auraient pu ajouter l’intimidation des critiques à la liste).
Il est vrai que quand il suffit d’aller récupérer la clé directement sur le site web, on peut se demander ce que sécurité veut dire chez Diebold (la preuve par l’image). Assez pour que les actionnaires prennent note et veuillent se séparer de quelques apprentis sorciers qui ternissent la réputation d’une firme vieille de 150 ans, ça sent la fin chez Diebold Elections
Systems.
En Ukraine, on a trouvé une faille encore plus facile à exploiter : il suffit de couper le courant
! Tiens, combien de bureau de vote en France ont une alimentation électrique à l’épreuve d’une coupure ?
Plus près de chez nous, chez nos voisins bataves, la fondation "nous ne faisons pas confiance aux machines à
voter" publie une série d’échanges troublants entre Jan Groenendaal, qui fournit les logiciels embarqués par Nedap dans ses machines, et le gouvernement hollandais. Je vous laisse juges de la teneur des propos, mais il est clair qu’il n’y a pas que Diebold qui commence à avoir de
sérieuses craintes pour son avenir. Pour mémoire, la fondation avait déjà montré comment pirater une machine
Nedap pendant un scrutin.
Chez nous cette fois, Grenoble et Saint Denis ont
renoncé à utiliser des ordinateurs de vote. Charlie Hebdo de la semaine du 18 décembre 2006 a publié un dossier intitulé « Machines à voter : recette pour une fraude électorale parfaite », comme quoi la presse généraliste se réveille.
Politis consacre un article (payant) au sujet :Machines à voter ou machines à truquer ? : « Les urnes électroniques garantissent-elles un vote fiable ? Les preuves du contraire s’accumulent, poussant des élus et des informaticiens à réclamer un moratoire. Mais le ministère de l’Intérieur fait la sourde oreille. ». Le JDN a fait un dossier sur le vote électronique en 10 technologies.
Pas directement lié aux ordinateurs de vote, mais trop mignon pour illustrer l’illusion que tout est bien sécurisé (dormez tranquilles vous disent les fabricants et les politiques), une belle démonstration qu’un ordinateur ça se programme facilement : le piratage d’un terminal carte
bancaire pour jouer à Tétris. Pour l’anecdote, et en plein dans le sujet, on se rappellera que le fameux Jan Groenendaal précité avait rejeté les accusations de piratage possible de son logiciel, alors que des hackers prétendaient
pouvoir modifier une machine Nedap pour en faire un jeu d’échec. "Je voudrais bien voir ça" a-t-il dit. Aussitôt dit, aussitôt fait grâce à...
"PowerFraud" ! On comprend mieux pourquoi certains vendeurs de machines
tentent de duper leur monde en faisant croire que leurs machines ne sont pas des ordinateurs.
Le pire, c’est que je suis sûr d’en avoir oublié plein. Si malgré tout ceci vous avez encore confiance dans le vote électronique, je crains de ne pouvoir rien pour vous. Sinon, allez signer la pétition pour le maintien du vote papier, et participez au dépouillement dans votre circonscription si vous le pouvez (je le fais, c’est une bonne expérience et un grand moment social).